Jean-Joseph Goux - La Cybermonnaie ou les doigts de la main invisible.
this text is part of the project New Forms for Financial Exchange
La puissance des nouvelles technologies médiatiques ne vient pas, on le sait, des idées qu'elles transportent, mais du changement qu'elles importent en silence dans notre vécu du monde, de la façon, dont le rapport entre les signes et les choses, les images et la réalité, les idées et les actions, la perception de soi et des autres, est modifié par elles. L'écriture alphabétique, contemporaine de l'invention de la monnaie, n'est pas seulement une représentation visuelle de la parole parlée, grâce à une batterie limitée de signes appelés lettres, mais elle permet au langage de se détacher de la voix, de la présence vivante du locuteur et de l'interlocuteur, pour acquérir une existence qui parait indépendante.

Platon a raison de se soucier de ce que devient un écrit, en l'absence de son auteur. Il craint un détachement, une coupure, une autonomisation du signe linguistique par rapport à la présence vivante du locuteur qui n'est plus, dès lors, capable de défendre et expliquer son point de vue à celui qui l'écoute, et d'ajuster son discours en fonction des qualités toujours singulières de cet auditeur. L'écriture, toujours testamentaire, offerte à tous pareillement, ouvre un autre monde que celui de la parole vive et elle a pu être vécu comme une perte. -->

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